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Plaisir d'apprendre |
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Une amie avec un cœur J'ai 50 ans, et j'ai un cœur comme tout le monde. Mon grand-père était russe. Son nom était George? Zabroda. Il
est mort quand j'avais dix ans. Il arrivait de White Russia (la Russie
blanche) où il y avait une guerre. Il se sauvait pour venir à Montréal.
C'était un homme dur mais bon. Il m'aimait beaucoup, moi. Il travaillait
dans le jour, il bâtissait des maisons. Le soir et les fins de semaine,
il ramassait des clous croches, des barils pleins. Moi je l'aidais avec
un marteau pour les mettre droits pour qu'il les vende après.
Mon grand-père voulait que j'aille à l'école anglaise. J'ai appris
l'anglais mais j'ai quitté l'école à la 7e année et je n'ai pas appris
le français. C'est pour ça que je suis venue à CLÉ. Pour lire le
français, je lisais le journal, des livres. Je faisais des mots croisés.
Le pire des pires, c'est qu'on a beaucoup ri de moi, ce qui m'a donné un gros complexe. Mais je vous dis que si on ne sait écrire ou lire, on a un cœur comme tout le monde. Un cœur qui peut aimer, qui peut donner, qui peut comprendre les autres.
Moi j'ai eu honte et j'ai été complexée longtemps. Quand je travaillais à prendre des commandes dans une pâtisserie française, il fallait que je prenne le nom et l'adresse des clients. J'ai pleuré et pleuré souvent parce que je ne savais pas écrire et lire le français. Je voulais mourir. Je faisais rire de moi. Ça a détruit le peu de confiance que j'avais en moi.
Ne lâchez pas, je suis avec vous.
Un gros merci à Diane Lambert, la professeure; tu m'as redonné confiance en moi. J'ai appris beaucoup avec toi.
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L'alphabétisation En arrivant au Canada, je pensais qu'ici il n'y avait pas d'analphabètes
comme dans mon pays, le Maroc. Dans mon temps, au Maroc, les femmes ne
pouvaient pas aller à l'école. Ici, j'ai connu des analphabètes, pas
seulement des vieux mais aussi des jeunes. Comment ça qu'il y a tant
d'analphabètes ici? Un jour, j'ai reçu une lettre et je ne pouvais pas
la lire. J'ai demandé à mon amie de la lire, mais elle m'a dit qu'elle
avait oublié ses lunettes et qu'elle ne pouvait pas m'aider. Plus tard,
j'ai appris qu'elle ne savait pas lire. Elle ne veut pas venir en
alphabétisation, elle est trop gênée. Dommage!
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J'ai réalisé mon rêve Bonjour, je m'appelle Fatma Lasmar, je suis ici depuis trois ans et je
viens de la Tunisie. Quand j'étais jeune, je n'ai pas eu la chance
d'aller à l'école. En m'installant ici au Canada, dans la ville de
Montréal, j'ai pu réaliser mon rêve d'écrire et de lire grâce au
Centre CLÉ.
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Obsession Je m'appelle Pierre, je suis un homme d'affaires. Voici mon histoire. Je suis très peu scolarisé, car je devais aider mon père dans son travail. Il était entrepreneur électricien; nous habitions Saint-Henri, et la
plupart de sa clientèle venait de là. Mon travail consistait à ramper
sous les maisons. Mon père se trouvait dans une des pièces au-dessus,
faisait un trou avec une perceuse dans le plancher, et poussait le bout
d'un fil que j'attrapais pour le faire remonter là où il faisait un
second trou. Seulement un espace très restreint qui me permettait de
ramper sur la terre desséchée et poussiéreuse. Souvent j'y voyais des
trous de rats et parfois des rats. Les soliveaux étaient tapissés de
fils d'araignées.
Mon père me faisait manquer l'école pour l'aider. Ça faisait bien mon
affaire. Il faut dire que j'étais un enfant particulièrement difficile
et rêveur. Pendant les cours d'histoire, j'étais parti et combattais aux
côtés des Indiens.
Tout ça pour vous dire que j'ai une orthographe très pauvre. Il y a peu de temps, j'avais commandé des matériaux très spécifiques et
mon vendeur ne comprenait rien à ma commande. Je me rends chez le
marchand et demande ma commande. La préposée à la réception me dit que
M. Bernard n'est pas là et, du même souffle, elle me tend un carnet et
un crayon, puis me dit que Bernard veut que je lui décrive exactement ce
qu'il me faut étant donné que la commande était très spéciale.
Pris au dépourvu, ne voyant comment m'en sortir, je me mets en colère et
repousse du revers de la main le crayon et le papier pour lui dire que
ça faisait assez longtemps que j'attendais et que s'ils ne comprenaient
pas, j'irais ailleurs. Et je suis parti.
Un fois dans mon véhicule, je me suis senti honteux; j'ai pris mon
téléphone pour appeler la réceptionniste et m'excuser.
Comme par un heureux hasard, cette journée, j'entends à la radio qu'il
existait un programme pour les personnes ayant de la difficulté en
alphabétisation. Le Centre CLÉ...
J'ai beaucoup hésité avant d'appeler. Puis quelques jours plus tard, je
me suis décidé et j'ai pris rendez-vous.
La jeune femme qui m'a répondu m'a dit qu'elle devait m'évaluer pour
connaître mon niveau de difficultés. Me voilà reparti me faisant un
scénario dans la tête. Je n'allais pas être encore humilié. Mais
l'interlocutrice, qui avait sans doute perçu dans ma voix une certaine
panique, sut me calmer avec beaucoup de délicatesse et me fixa un
rendez-vous.
Toute la semaine, je me suis tourmenté me demandant si j'étais pour être
à la hauteur de mes propres attentes.
Date fatidique du rendez-vous. Je stationne devant le 4273 Drolet, une école! En quelques secondes, je me suis vu 38 ans en arrière. Un grand bâtiment
austère de 4 000 pieds carrés. L'édifice me semblait hostile et froid.
De l'autre côté, une église de pierres grises. La petite rue étroite
alignait toute une série de maisons en briques rouges ornées de
corniches de toutes sortes. Je n'arrivais pas à dissiper une sorte
d'angoisse que je sentais au plus profond de moi. La cour de l'école,
probablement rongée par le temps, laissait entrevoir des brins d'herbe
qui poussaient à travers les fissures de l'asphalte, comme si la terre
voulait sortir de sa coquille trop longtemps enfermée.
Je montai les quelques marches et poussai la porte. « Excusez-moi,
madame, je suis ici pour CLÉ. » Une dame me répondit : « C'est au
quatrième étage. » « Merci » et je repris mon chemin. Plus je montais,
plus mon coeur battait, je ne savais pas si c'était l'escalier ou
l'angoisse. La rampe était munie de petites tiges, qui excédaient du
guide-main. On les avait installées pour que les enfants ne glissent pas
à cheval.
Arrivé au quatrième étage, je frappe à la porte. J'ouvre et je la vois
assise à une table, dos aux fenêtres; le soleil qui entrait dans la
pièce ne me permettait pas de bien la voir. Elle se lève et avance vers
moi. La pièce ressemblait à une classe qu'on aurait coupée en deux, une
table, deux pupitres. « Bonjour » me dit-elle en me tendant la main. Une
jeune femme brunette très mince qui semblait aussi nerveuse que moi
m'invita à m'asseoir. Je me sentais très intimidé. Elle a d'abord
commencé par me mettre à l'aise, et me posa quelques questions sur mes
années d'école, me demanda d'écrire une petite dictée pour cerner mes
difficultés. Elle me fit une telle impression que je crois que j'aurais
été très déçu si elle m'avait dirigé dans un autre groupe.
Je fus très soulagé quand elle me dit que je pouvais être dans sa
classe. Elle me fit visiter les locaux, un très grand corridor, des
tubes fluorescents accrochés au plafond, suspendus à des tiges qui
donnent l'aspect d'entrepôt avec des casiers de chaque côté du corridor.
Puis nous entrons dans une classe, tableaux sur les murs, fenêtres à
carreaux, quatre à cinq tables, des chaises disposées ici et là. Tout
cela me ramène loin derrière. Il ne manquait que les pupitres alignés.
Croyez-moi, j'ai dû me faire violence pour venir au cours. Mais
maintenant, grâce à cette jeune femme, j'ai tellement soif d'apprendre.
J'espère juste une chose, ne plus avoir honte d'écrire et le faire
librement. Je dis librement car ça fait toute une vie enfermé dans une
prison dont les murs sont des accords de verbes, des auxiliaires, des
homonymes. Tout ça était pour moi comme du chinois. Vous qui possédez le
don de l'écriture possédez une qualité de vie que vous ne soupçonnez
pas.
MON ENFANCE NE FUT QUE PARSEMÉE CERTAINS JOURS LES SAISONS QUI SUIVIRENT ET GRAVÈRENT DANS MON ÂME VOILÀ QUE J'ARRIVE ELLE ME FAIT EMPLOYER POUR ESSAYER DE SAUVER ET QUI SAIT SI UN JOUR MONTRER MON ÂME |
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© Centre de Lecture et d'Écriture, 1998